Bruno Vasseur
Au silence en réunion. Tu poses une question, personne ne lève la main, pas par incompétence, par usure. Dans un groupe industriel de 5 000 personnes, mon premier comité de pilotage a duré douze minutes, tout le monde regardait sa montre. Les gens ne se plaignaient même plus, ils avaient intégré que se plaindre ne changeait rien. Tu vois les ingénieurs arriver à neuf heures, repartir à dix-sept, sans énergie, sans colère, ce qui est pire. Le plus frappant, c'est le vocabulaire : ils disaient le métier comme on parle d'un adversaire. Une DSI résignée, ça ne crie pas, ça se tait. Et ce silence m'a appris l'essentiel : ils avaient encore des convictions, mais ils avaient arrêté de les exprimer parce que, pendant des années, on leur avait répondu non. Ma première mission, ça n'a pas été la technique, ça a été de rouvrir la parole.